Bonne et sainte année 2023

C’est un bon réflexe de faire mémoire du passé avant de se lancer vers l’avenir, un peu comme le « contrôle rétro » avant de doubler : mieux savoir ce qu’il y a derrière nous pour prendre un nouvel élan. Aussi le regard du Père Hubert sur les 50 dernières années de la paroisse tombe à point pour ce début d’année. Une chose en effet est de constater que nous avons paroisse sympathique et chaleureuse, autre chose de découvrir que cette « communauté fraternelle » date, au moins, du père Souêtre. Il ne s’agit donc pas d’une heureuse coïncidence du moment, d’une bonne entente passagère mais cela relève de notre ADN. De même, constater au fil des ans, la « prise de responsabilité des laïcs » nous ancre dans le temps et l’histoire : là non plus il ne s’agit pas d’une mode ni d’une idée qui aurait émergée un matin dans la tête du Pape, c’est bien un mouvement de grande ampleur auquel nous contribuons.

L’histoire nous présente donc Sainte Rosalie comme une communauté fraternelle où les laïcs prennent leurs responsabilités. Comme curé au service de cette paroisse, je me réjouis profondément de développer ce charisme et de le déployer.

Concernant l’aspect fraternel, je crois beaucoup à l’importance des lieux, des murs dans lesquels on vit : pour être fraternelle, une communauté a besoin d’une maison chaleureuse. C’est ce que le père Lionel a initié avec la rénovation très réussie de l’église, le cœur de notre paroisse. Le conseil et moi-même poursuivons sur le presbytère avec la réfection du couloir, la peinture, la prochaine rénovation des salles au rez-de-jardin. Tout cela dépasse l’entretien matériel des locaux : il s’agit de rendre ces lieux accueillants, de transformer des salles de réunions (un peu lugubres) en une maison paroissiale chaleureuse. Ça ne fait pas tout, mais si nous nous sentons bien dans ces lieux, nous y passerons plus de temps, nous inviterons volontiers et l’ambiance qui naîtra sera naturellement évangélisatrice.

Quant à la responsabilisation des laïcs, cette évolution me tient fortement à cœur. C’est évidemment un mouvement en lien avec le synode actuel, écho lui-même d’une évolution qui se déploie depuis plusieurs décennies, mais il s’agit en fait de retrouver la vocation propre de chaque baptisé : « dans l’organisme d’un corps vivant aucun membre ne se comporte de manière purement passive, mais participe à la vie et à l’activité générale du corps » (Vat II). Parce que justement notre paroisse est un lieu fraternel, un lieu qui me tient à cœur, je m’y investis. Ce peut être par des gestes très simples (fermer la porte derrière soi pour préserver la chaleur), des aides ponctuelles (les divers services de la ToDo Liste) ou des engagements plus larges. Chaque fois, cela contribuera à la décléricalisation si nécessaire et permettra au prêtre de passer plus de temps à sa mission propre (je suis très très loin des 400 visites annuelles du père Hubert). Enfin, cela redonnera à chacun l’estime dont on a tous besoin : ce sentiment de participer, humblement mais réellement, à quelque chose de grand et d’utile.

Ce sont là mes vœux pour chacun de vous, pour notre paroisse, que « chacun selon la grâce reçue se mette au service des autres » (1 P 4, 10) afin d’y découvrir la véritable joie : servir c’est aimer en acte ! Bonne et sainte année !

P. Arnaud Mougin

Avent 2022 : un temps prophétique

Chrétiens, nous sommes les seuls à nous préoccuper d’une véritable préparation à Noël, ce très intense temps de l’Avent. Par le fait d’être ainsi à contre-courant, nous sommes prophètes, donnant du sens à cette fête de Noël où partage notre condition d’homme, Celui qui est la Lumière
du monde. Ce mystère est d’une grandeur infinie. Il faut nous
préparer à l’accueillir. Le temps de l’Avent est le temps de l’attente et cette attente n’a rien de passif ni de résigné, elle est préparation active, conversion de notre cœur pour avoir les dispositions nécessaires à l’accueil de notre Messie.

Il y a dans ce que nous propose l’Église et en très peu de temps, une progression extraordinaire : Le premier dimanche de l’Avent nous fait communier à l’attente de tous les hommes. Car tous attendent un renouvelle-
ment de leur vie, au-delà des frontières du peuple de Dieu. Quand se dissipent les clinquants de la fête païenne, on s’aperçoit que l’humanité tout entière aspire à la paix, au développement équitable, à un emploi stable, à la justice sociale, à une vie familiale épanouie, pour ne citer que ces quelques exemples. Prenons en compte dans notre prière, ces aspirations de tous les hommes qui sont bien évidemment les nôtres.

Le deuxième et le troisième dimanche de l’Avent nous centrent sur l’attente du peuple de Dieu, du peuple de l’Alliance. Israël, depuis plus de mille ans, attend un Messie, Roi juste et pacifique qui réalisera pleinement les promesses faites par Dieu à son peuple. En deux dimanches, la personne de Jean-Baptiste, rassemblant tous ceux qui veulent convertir leur vie, concrétise cette attente, en annonçant la venue imminente de ce Messie, comblant les aspirations du peuple de Dieu tout entier.

Le quatrième dimanche de l’Avent nous ouvre à la contemplation de ce qu’il y a de plus beau dans le monde. Il nous dit l’attente d’une seule personne, Marie. Et cette attente est d’un ordre différent de ce que nous venons de décrire.
L’Avent nous fait entrer dans l’intimité de Marie, attendant son Fils, méditant sur le sens de l’annonce qui lui a été faite par l’Ange Gabriel. Toute l’attente du monde est désormais en une seule personne, Marie, qui a accepté de porter cet enfant, de le faire naître et grandir, de combler ainsi l’attente d’un Messie véritable, Sauveur d’une humanité cassée par le péché.

Oui, faisons de cet Avent, un temps fort de notre foi et un témoignage prophétique de l’immense Espérance qui nous anime. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ! »

Père Hubert CAUCHOIS

Tous saints !

Ils sont nombreux, et même innombrables, ces saints que nous fêtons chaque 1er novembre, ils dépassent largement les 365 créneaux de nos calendriers. Chacun est unique ; chacun est ancré dans une époque, une culture, une spiritualité ; et chacun a quelque chose à nous dire de Dieu. Tous ils nous invitent, par l’exemple de leur vie, leurs écrits, leur martyr parfois, à recevoir et à vivre pleinement cette vie reçue de Dieu. Certains, comme la petite Thérèse, sont nés dans un environnement privilégié (un couple de parents saint et des sœurs qui allaient toutes se consacrer dans la vie religieuse…), d’autres ont connu des parcours plus tortueux (saint Charles de Foucault, saint Augustin, saint Paul, sainte Marie-Madeleine,…) mais tous nous invitent à les suivre.

L’Église nous les donne en modèle non pas pour récompenser les bons élèves et nous faire rougir de nos manques de foi, mais bien plutôt pour nous montrer que nous sommes tous appelés à la sainteté. S’il existe autant de saints et d’histoires particulières, uniques, si tous ces hommes et ces femmes de conditions diverses, d’intelligences très inégales sont devenus saints c’est qu’il n’y a pas une route unique ni un seul mode d’emploi. Impossible de se croire égaré, trop loin du chemin vers Dieu, pas assez ci ou trop comme ça : la diversité des saints nous montre qu’il n’existe pas de profil type, aucun portrait robot dont on pourrait se sentir éloigné : Dieu appelle qui Il veut, le casting est sans filtre.

 Tous saints ! Ça devrait donc être le mot d’ordre, la devise de chacune de nos paroisses et communautés. On ne peut pas choisir moins que la sainteté : c’est la voie du bonheur, la vie véritable. Mais c’est peut-être là que le bât blesse : on ne croit pas à ce bonheur. On envisage la sainteté comme quelque chose de très honorable, très beau sur le papier, mais (un peu) ennuyeux dans la réalité. À nouveau on met le saint dans une petite case où, une fois converti, il passe son temps à genoux à prier, sourire, dire oui à tout, bref une vie pas très drôle dont on n’a pas vraiment envie. Pourtant si nous parcourons quelques vies de saints nous verrons vite qu’ils gardent toute leur personnalité et leur caractère. Ils restent eux-mêmes mais choisissent de vivre pleinement. Ils quittent leur métro-boulot-dodo, ils refusent la vie restreinte qu’on leur propose pour choisir l’aventure d’une vie vécue, la joie du don, les grâces de l’amour. Les saints sont des gens heureux, d’un vrai bonheur qui n’a rien à voir avec ce que nous proposent les publicitaires.

Osons ! Tentons au moins la sainteté pour une semaine, pour un mois. Choisissons d’écouter la bonne nouvelle plutôt que les nouvelles, allons rendre ce service auquel on pense depuis quelques temps, regardons notre voisin comme un prochain à aimer,… Ce pas vers la sainteté nous comblera et nous donnera envie d’en faire un deuxième puis un troisième. La sainteté appelle la sainteté, Dieu nous appelle à être tous saints.

P. Arnaud Mougin

Vision pastorale _ édito oct 2022

Comment voyons-nous notre paroisse dans 3-5 ans ? Quels sont les rêves qui nous habitent pour cette belle communauté de Sainte-Rosalie, comment imagine-t-on l’avenir ? Que voudrait-on faire découvrir à un ami qui reviendrait dans quelques années après un long voyage ? Quelle paroisse veut-on offrir aux enfants du quartier pour qu’ils puissent grandir sereinement ?

Ces questions n’occupent certainement pas nos pensées du quotidien, elles ne nous empêchent pas de dormir, mais il faut pourtant se les poser de temps en temps. La vie en général est un chemin, la vie chrétienne encore plus (“Je suis le chemin, la vérité, la vie” Jn 14,6), il peut donc être bon d’avoir une petite idée de la prochaine étape si on éviter de tourner en rond ou de rester assis sur le bord de la route.

Ce sont des questions que je me pose également, évidemment, en tant que curé. Surtout pour une deuxième rentrée. La première année est nécessaire pour connaître la paroisse, en voir la beauté, rencontrer les uns et les autres et apprendre à se repérer. Mais quand les marques sont à peu près prises, quand on a l’impression d’avoir intégré les différentes réalités de la paroisse, les questions arrivent : “So, what’s up ?”, “qu’est-ce qu’on fait maintenant ?”, “où va-t-on ?”. C’est aussi la question que reçoit saint Pierre : “quo vadis ?”.

Pour y répondre, nous devons avant tout nous interroger sur l’histoire de la paroisse, en retrouver l’A.D.N. Pour savoir où l’on veut aller, il est bon de savoir d’où l’on vient. Nous sommes chrétiens, catholiques, dans le diocèse de Paris mais nous habitons aussi un quartier particulier, avec son histoire propre. Ainsi, tout en appartenant pleinement à l’Eglise, en étant en pleine communion avec notre archevêque, nous pouvons nous demander ce que la paroisse Sainte-Rosalie peut et doit apporter de façon particulière.

Ces questions nous sont posées à chacun, et chacun peut porter sa pierre à l’édifice en proposant des réponses, en en parlant avec d’autres paroissiens et en le rapportant au conseil. Pour ma part, deux choses me semblent émerger. Tout d’abord l’héritage incroyable de sœur Rosalie : pour reprendre ses termes, j’imagine la paroisse comme “une borne sur laquelle tous ceux qui sont fatigués ont le droit de déposer leur fardeau”. Ensuite, et cela correspond aussi à l’œuvre de sœur Rosalie, notre paroisse vit cette mixité sociale qui est un don incroyable dans notre monde individualiste. Aussi, devant l’incertitude de l’avenir, face aux chamboulements, aux peurs et aux replis, il me semble que notre paroisse peut devenir de plus en plus une borne, un lieu où chacun se saura accueilli. Nous pouvons offrir à notre quartier ce home sweet home évoqué le mois dernier où, dans notre fidélité au Christ miséricordieux, nous saurons offrir un oasis de bienveillance au milieu du désert de solitude. Ancrés en Christ, solides comme une borne de granit et donc forts pour soutenir et réconforter tous ceux, nombreux, qui en ont besoin. C’est une première idée qui germe au bout d’un an, une idée que je vous soumets pour être discutée, reprise, enrichie, précisée.

Que voulons-nous faire de notre paroisse ? Bonne réflexion, bonnes discussions,

P. Arnaud Mougin