Départ

Merci au Père Arnaud et à la rédaction du Rosa-lien de me donner la parole pour ce numéro daté du mois de mon départ de Sainte-Rosalie, le 30 juin.

Ce n’est pas sans émotion que je quitte notre communauté après toutes ces années de rencontres et d’amitiés. C’est forcément un renoncement à beaucoup de joies que vous m’avez données. Et c’est un « merci » que je veux vous adresser à travers cet édito : Merci pour cette fraternité vécue ensemble. Un prêtre n’existe pas sans sa communauté. Merci pour votre soutien constant dans mon ministère, pour votre présence attentive à mes joies et à mes soucis.

Je conçois mon entrée en EHPAD au 57, rue Violet dans le 15ème comme un nouveau départ vers une nouvelle vie, une vraie aventure d’ailleurs. Vie de retraité certes, mais vie active, en lien avec les résidents, avec la communauté des religieuses des Petites Sœurs de l’Assomption, en lien avec plusieurs équipes, en lien avec tous ceux et celles qui voudront garder le contact en venant me voir.

La vie de retraité encore actif qui m’attend est aussi, je l’espère, une chance pour prendre le temps d’une vie spirituelle plus intense. Le Concile Vatican II dit que la spiritualité du prêtre repose sur son action pastorale, sur la richesse des liens qu’elle occasionne. Elle sera donc nourrie des rencontres à venir et aussi, bien sûr, de ma présence « autrement » à la communauté de Sainte-Rosalie, que je n’oublierai jamais dans ma prière.

La source et le sommet de ma vie qui continue, c’est et ce sera l’Eucharistie quotidienne. La fête du Corps et du Sang du Christ que nous célébrons ce 2 juin, nous permet de renouveler le sens de notre fidélité à la messe du dimanche. Cette Eucharistie est à la source de la fraternité vécue dans notre communauté et bien au-delà dans notre quartier.

Pour vous aussi, l’Eucharistie vous accompagne et vous envoie vers de nouveaux départs. Les vacances vont, en nous donnant du repos, nous rendre prêts à vivre notre propre départ pour quelque chose de neuf, dicté par les circonstances de la vie. Je vous souhaite ce renouvellement de votre vie, gardant l’Espérance que nous donne inlassablement le Christ ressuscité. Vivons sous l’impulsion de l’Esprit.
Avec toute mon amitié.

P. Hubert

Marie, une mère que l’on n’écoute peut-être pas assez ?

Mai, le mois de Marie, le mois de cette femme que l’on honore comme la Mère de Dieu, que l’on aime comme notre mère du ciel et que l’on refuse souvent d’écouter comme nous le faisons parfois avec notre mère terrestre.

Le pèlerinage à Lourdes fut avant tout un temps de grâces et de joies profondes pour ceux qui y ont participé : se recueillir devant la grotte, se mettre dans les pas de sainte Bernadette apporte toujours une paix unique, un petit avant-goût du Ciel. Quelle joie ! Quelle paix ! Merci Seigneur. Cet heureux temps paroissial (temps de rencontres bénies, de belles occasions de mieux se connaître) fut aussi un temps pour moi de réentendre le message de la Vierge, l’Immaculée Conception. Une conférence et quelques lectures m’ont permis d’entendre avec une belle nouveauté le message adressé à Bernadette, et de me demander si, finalement, je n’étais pas encore comme un grand ado qui aime bien sa mère mais qui ne l’écoute jamais. « Priez, priez pour la conversion des pécheurs », « faites pénitence », « lavez-vous »,…. À Lourdes, comme à la Salette, à Pontmain, à la Rue du Bac – tant de lieux de grâce en France, si proches ! – Marie nous invite à nous tourner vers son fils, à accueillir son amour, et donc à nous convertir. Elle nous supplie de quitter la boue de nos mesquineries, de nos petitesses, pour boire à la source, pour accueillir et vivre de cet amour de Dieu qui nous est donné. Son message est clair (comme de l’eau de source !), connu mais… je passe à côté, j’esquive. Comme un adolescent ingrat, je sais que ma mère est là, j’entends ses conseils, je les connais même par cœur mais je ne les applique pas. Et pourtant on sait bien qu’une mère a toujours raison. Marie nous connaît par cœur, elle ne nous veut que du bien mais elle doit s’attrister souvent de nos entêtements.

Ô Marie, que ce mois de mai soit l’occasion pour moi d’écouter un peu mieux vos injonctions (« faites tout ce qu’Il vous dira » Jn 2,5) et de les mettre en œuvre. Que ce printemps où la nature renaît soit une opportunité pour moi, et pour toute la paroisse, de quitter les froideurs, les enfermements, et d’accueillir la vie, de prendre au sérieux cet amour de Dieu. Que je réponde enfin à vos sollicitations maternelles, en priant, en me convertissant. Ô Marie, apprenez-nous à vous écouter, à vous faire

P. Arnaud

Trois suggestions de résurrection…

La belle fête de Pâques nous invite à ressusciter, dès maintenant ! Si elle célèbre avant tout la résurrection du Christ, cette fête nous annonce en même temps la vocation de chacun à ressusciter après notre mort mais, de ce fait, la résurrection nous redit aussi la valeur, l’incroyable dignité de la vie humaine. La vie que Dieu nous donne est faite pour l’éternité ! Et c’est à cette dignité que nous pouvons dès maintenant commencer à ressusciter, Pâques devrait nous rappeler profondeur et la hauteur de chaque vie humaine, de la personne unique que nous sommes.
Trois pistes de résurrection pourraient être envisagées pour l’homme d’aujourd’hui : l’existence d’une unique vérité, la liberté de suivre cette vérité et le lieu de ce choix : notre conscience. Face au relativisme, au désir de ne froisser personne et d’éviter toute confrontation, il devient urgent de croire à
l’unicité de la vérité. Soit Jésus Christ est toujours mort, soit il est ressuscité mais il ne peut être les deux à la foi. Derrière les différents actes de foi, il y a forcément une partie de l’humanité qui se trompe, au moins en partie. Il ne peut y avoir qu’une seule vérité, de même que 2+2 ne peut être égal à 5
ni à 3. Cela implique donc un réel acte de liberté. Non pas de faire ce que je veux quand je veux mais de me positionner sur ces vérités. Quelles sont selon moi les vérités qui doivent orienter ma vie ? Une vraie liberté pour laquelle je m’interroge sur ce que je veux profondément (différent des désirs passagers). Et pour réfléchir à ces questions, pour y répondre personnellement et non par effet de mode ni téléguidé par des influenceurs ni encore en suivant la dernière opinion entendue, il me faut redécouvrir ma conscience, ce sanctuaire personnel, cet espace absolument privé où je peux prendre
un minimum de recul sur le monde.
Englués dans un désir de consensus mou, addict aux écrans et aux réseaux sociaux, nous risquons de rester en surface de notre vie véritable, de nous « éclater » dans le divertissement, mais en perdant ce qui fait notre beauté et notre unicité. Que cette fête de Pâques ressuscite ce qui fait de nous des êtres uniques, des êtres appelés à une vie pleinement humaine. Qu’en avançant vers la prochaine fête de l’Ascension, nous prenions de la hauteur pour davantage mesurer la beauté et l’exigence de l’aventure humaine proposée par le
Créateur.

Père Arnaud MOUGIN

La grâce de la miséricorde.

“Que diriez-vous à quelqu’un qui n’a pas l’impression d’être pécheur ? – Je lui conseillerais de demander cette grâce…le fait de se reconnaître pécheur est une grâce”. C’est le pape François qui répond cela dans un livre d’entretien* : c’est une grâce de ce se reconnaître pécheur ! Pourquoi ?

Avant tout, je dirais que ce n’est qu’en se reconnaissant pécheur que l’on peut goûter la miséricorde divine. Y a-t-il plus grande preuve d’amour que le pardon ? Bien sûr on ne va pas blesser l’autre pour savoir s’il est prêt à nous pardonner, et quand on le blesse, on tournicote toujours un peu avant de demander pardon… mais quelle grâce tout de même de voir, d’entendre l’ami nous pardonner, de constater qu’il croît suffisamment en nous, en notre histoire commune pour dépasser la faute et la trahison. Se sentir aimé à ce point est unique. Cela est vrai de l’ami mais plus encore de Dieu. Devant l’ami, je peux continuer à me dire que “s’il savait, s’il me connaissait vraiment, il ne m’aurait jamais pardonné” ; tandis que Dieu sait tout, Dieu me connaît parfaitement. Et Il me pardonne, en connaissance de cause. La confession est le lieu où l’amour de Dieu se manifeste de la façon la plus personnelle et la plus intime. C’est véritablement une grâce de goûter cet amour.

À un niveau plus humain, se reconnaître pécheur constitue aussi une grâce parce que ça me donne le droit de ne pas être parfait, le droit de me tromper, de chuter, de m’égarer. C’est tellement rare, l’erreur ou la faute sont tellement mal reçues aujourd’hui que j’en arrive parfois, souvent, à avoir cette exigence avec moi-même, voire même de l’intransigeance. Je m’en veux de ne pas correspondre à l’idée que je me fais de moi-même. Mais quel fardeau ! Quel poids à traîner ! Nous ne sommes pas parfaits, nous ne sommes pas de purs esprits suivant une logique parfaite. La matière trahit l’esprit : je tombe malade, je fatigue, je m’énerve, je perds du temps, je mens et je me mens parce que je ne veux pas reconnaître que j’ai chuté… Qu’il est doux à l’inverse de s’accepter tel qu’on est, de concéder, même du bout des lèvres, qu’on n’a pas réussi parfaitement. Quel soulagement lorsque l’on sort du carcan de la perfection. Et cela est possible parce que le Dieu qui sait tout, le Dieu qui juge est avant tout le Dieu qui pardonne. Si Lui me pardonne, pourquoi ne pas me pardonner, pourquoi rester enfermé dans ma tour d’ivoire ? C’est une véritable libération de s’accepter faillible, c’est une véritable grâce de se reconnaître pécheur.
Seigneur, donne-moi la grâce de me reconnaître pécheur.
P. Arnaud Mougin

Pape François, le nom de Dieu est miséricorde, Robert Lafont, p. 54

Bientôt le carême…

Cette année le carême arrive bien vite, dès le 14 février ! À part quelques saints, la plupart d’entre nous avançons sans beaucoup d’entrain vers ce temps de l’année liturgique. Peut-être qu’en s’y préparant, en cherchant à en voir le sens, nous le verrons arriver avec, sinon de l’enthousiasme, du moins un peu de curiosité et d’intérêt ?

L’idée n’est vraiment pas de se flageller ni de se dire que l’on est mauvais, pas à la hauteur, que nous sommes des bons à rien. Ce serait même un péché contre l’Espérance, une vision bien triste du Père éternel : un père n’attend jamais cela de ses enfants. Si nous sommes effectivement invités à confesser nos péchés, à nous reconnaître pécheurs, c’est d’abord pour être relevés par Dieu, pour entendre que la miséricorde de Dieu sera toujours plus grande que les plus tristes de nos péchés.

En effet, la joie du carême, car il y a bien une joie, c’est que le Christ sauveur nous rejoint là où nous sommes, Lui se fait petit, pauvre pour nous rejoindre, Lui va s’anéantir mais seulement pour venir nous prendre par la main, nous relever et nous emmener vers le Père. Une autre joie, encore une, est de pouvoir participer à ce “sauvetage” : non seulement nous pouvons être tirés de notre marasme par le Christ qui nous invite à vivre pleinement, mais nous pouvons, avec Lui, aller chercher ceux qui nous entourent pour les inviter à la vie. C’est une deuxième vraie raison de s’abaisser : se mettre au niveau de celui qui souffre, qui ne croit plus en lui, pour l’inviter, au nom du Christ Sauveur, à se relever. De même que le maître nageur doit plonger dans l’eau pour sauver le noyé, de même que le pompier se rue dans l’immeuble en feu pour aller chercher le malheureux encerclé par les flammes, on ne sauve pas le pécheur en lui faisant la leçon mais en le rejoignant par notre humilité dans son humble condition. J’imite, comme je peux, le Christ qui s’abaisse pour venir à tes côtés, te prendre par la main et te relever.

C’est ce à quoi nous invitera la vitrine (à gauche de la porte d’entrée de l’église), c’est ce que nous proposera aussi chaque vendredi à 12h30 le chemin de croix dans l’église : prendre conscience que le Christ veut nous rejoindre là où nous sommes pour qu’à notre tour nous puissions rejoindre nos frères là où ils sont, afin de se relever ensemble, avec et par le Christ.

Comme il serait beau que ce carême fasse grandir en chacun de nous, non pas une culpabilité paralysante mais une sollicitude féconde envers nos voisins de quartier, envers tous ceux qui se laissent prendre par le marasme ambiant et attendent nos mains tendues, notre annonce du Christ sauveur.

P. Arnaud

Bonne et sainte année à tous

Puisque 2024 sera marquée par les Jeux Olympiques à Paris, je prendrai quelques images sportives pour illustrer mes vœux aux habitants de la paroisse.

Tout d’abord je prie le Seigneur afin que personne ne reste “sur le banc de touche”. Je pense à toutes ces personnes qui vivent dans notre quartier, chrétiennes ou non, croyantes ou non, qui ont l’impression d’être à côté de la vie réelle, en attente d’être appelées à vivre ce pour quoi elles sont faites : rencontrer des personnes, échanger, rire, partager un souci,… (la communion fraternelle dans le langage chrétien). C’est une réelle et cruelle pauvreté : on peut aujourd’hui avoir de quoi se nourrir, un logement, exercer une activité professionnelle et être désespérément seul, être témoin de la “vie” parisienne et se sentir au bord du monde. Or, une grande partie de ces parisiens courent après des occupations, du remplissage de vide pour essayer de fuir leur solitude. Mais ni Netflix, ni la salle de sport ni même le métro bondé ne remplissent ce vide.

Mon premier voeu pour 2024 serait donc que la paroisse soit encore plus – j’ose croire qu’elle l’est déjà mais les besoins sont immenses – un lieu de vie, un lieu ou l’on peut venir rencontrer d’autres humains pour échanger quelques paroles, retrouver le B-A-BA de la vie sociale.

Une seconde image pourrait être la “troisième mi-temps”, le temps où ceux qui se sont dépensés, ont couru, ceux qui sont épuisés prennent enfin le temps de souffler. Et là je pense à ceux qui sont pris dans le tourbillon parisien, la tornade du travail, auxquels viennent s’ajouter tout un tas d’activités, de rencontres, d’amis à voir,… Là aussi la paroisse pourrait développer quelques propositions qui existent déjà. À côté des formations, des temps de prière ou des divers réunions, les salles servent parfois simplement à accueillir quelques familles qui veulent partager un goûter, des jeunes qui ont besoin d’une salle pour leur jeu de société, des enfants qui retrouvent des jeux d’enfants  comme les cabanes dans les arbres ou la bonne vieille corde à sauter…

Ces deux vœux se rejoignent, comme d’ailleurs les remplaçants du banc de touche qui retrouvent malgré tout les joueurs à la troisième mi-temps. Qu’il s’agisse de regarder ensemble un match, de déguster une bière ou de s’émerveiller des premières dents du petit-dernier, les “solitaires” et les “tourbillonés” se retrouveraient facilement ensemble.

Avec la grâce de Dieu, ces vœux ne sont peut-être pas si chimériques, ce sont des rêves que l’on devrait pouvoir réaliser. Dans les (quelques) réponses au questionnaire de l’avent, plusieurs personnes proposaient d’élargir à toute l’année les repas dominicaux du mois d’août. S’il s’agit simplement d’ouvrir les salles, d’un véritable partage de repas où chacun apporte une petite contribution, c’est tout à fait envisageable. On pourrait y inviter le voisin isolé, même s’il ne nous rejoint qu’après la messe ou pour le café. Ce n’est pas grand chose mais quand on se retrouve à être effectivement un hôpital de campagne, on va au plus urgent et je crois que l’urgence est là.

Je confie donc ces vœux au Seigneur, et à vous chers paroissiens, que la paroisse puisse contribuer, d’une façon ou d’une autre, à ce que l’année 2024 soit plus belle, plus humaine pour les habitants du quartier.

P. Arnaud

Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

L’avent est l’attente de la venue du Messie : à la fois rappel de la naissance du Christ et espérance de sa venue dans la gloire mais aussi attente de ce qui doit advenir aujourd’hui, de ce que Dieu pourrait faire pour moi ici et maintenant. Que puis-je donc demander à Dieu ? Être heureux bien sûr, mais de quelle façon ? Quel don est-ce que j’attends de Dieu pour être heureux ? Quel véritable cadeau de Noël puis-je demander au Christ ?

Cependant, comment attendre quelque chose d’un Messie si je ne sais pas ce que j’attends d’un simple prêtre ? La question posée dans le dernier édito m’a valu quelques belles réponses et des échanges intéressants, mais elle semble surtout en avoir laissé beaucoup perplexes, ou sans voix. Cette question manifestait simplement ma volonté d’être plus ajusté aux attentes, aux besoins des uns et des autres. Pour se donner en effet, mieux vaut savoir ce que les gens attendent ; et pour cela, autant leur demander. Je sais qu’une telle question demande du temps mais je me permets tout de même de la reposer.

Pour cela, nous pouvons la décliner aux différentes réalités de notre vie : qu’est-ce que j’attends d’un époux ou d’une épouse, d’un frère ou d’une sœur, de mes parents, de mes amis ? Et même, qu’est-ce que j’attends de moi-même ? Qu’est-ce que j’aimerais avoir fait dans 10 ou 20 ans, qu’est-ce que je voudrais avoir été au jour de ma mort ? Bref qu’est-ce que j’attends de la vie ? Ces questions devraient être celles de chaque avent, temps où l’on creuse l’attente de Dieu (avec Simone Weil). Mais en ces temps d’incertitude, de rêves brisés, cette question devient encore plus cruciale. Gustav Anders, après la bombe atomique, disait que « la possibilité d’une destruction totale détruit toutes les possibilités ». C’est effectivement un risque : devant les bouleversements et les effondrements de notre monde, ne plus oser espérer, ne plus oser croire en l’avenir.

Or c’est justement là que se situe l’espérance chrétienne : au-delà d’une paix de surface et des progrès technologiques, au cœur de la tourmente, qu’est-ce que j’attends profondément de mes proches, de moi-même, de ma vie ? Quel est mon cri vers Dieu, qu’est-ce que je demande au Christ de venir sauver ?

Qu’est-ce que j’attends, à Noël ou aujourd’hui, pour être heureux ?

P. Arnaud

A quoi sert un prêtre ?

Ce mois de novembre est inauguré par la solennité de la Toussaint, suivie aussitôt du jour de prière pour les défunts, occasions pour chacun de s’interroger sur le sens de notre vie, notre vocation, ou plus simplement notre mission là où nous sommes et dans la paroisse. Occasion pour moi aussi bien sûr de me demander, de vous demander, ce qu’on attend d’un prêtre, ce qu’une paroisse attend d’un curé. Cette question m’interpelle régulièrement depuis la rentrée.

En deux ans, j’ai appris le « boulot » de curé : aidé par les conseils pastoral et économique, par d’autres paroissiens, mais aussi épaulé par une équipe de curés parisiens et par mes frères de la Société Jean Marie Vianney, j’essaye de « faire tourner la boutique » (j’exagère volontairement cet aspect matériel). Seulement je me demande si c’est bien là le sens de la mission. En vue de quoi l’archevêque envoie-t-il un prêtre vers une communauté ? Quel est l’objectif, l’intérêt d’une formation de sept ans en philosophie et théologie, faudrait-il la remplacer par du management ou de la comptabilité ? Qu’est-ce qu’un paroissien attend, ou devrait attendre d’un curé ? Questions qui seront d’autant plus d’actualité que l’on aura moins de prêtres : on ne pourra plus réclamer un prêtre simplement parce qu’il y en a toujours eu un ; il y aura peut-être des choix à faire, des regroupements de paroisses… La question du sens du sacerdoce, du contenu de la mission du prêtre se reposera forcément, et elle se pose déjà.

Donc je vous pose la question, qu’attendez-vous d’un prêtre ? Un peu plus j’espère qu’un intendant des bâtiments et qu’un webmaster du site Internet. Mais peut-être pas seulement un « distributeur de sacrements ». La réponse n’est pas évidente, y compris pour moi, mais elle doit être posée et sans doute sans cesse reposée et réévaluée. Notre histoire personnelle peut nous aider à y répondre : quelles rencontres ai-je eu avec des prêtres, dans quel moment un prêtre m’a-t-il vraiment aidé, que m’a-t-il apporté de spécifique que je n’aurais pas reçu ailleurs ? Et s’il faut se détacher d’un cliché ou d’une caricature trop marquée du prêtre, on peut aussi se demander ce qu’on attend d’un « homme de Dieu ».

Posez-vous ces questions, échangez en famille, entre amis, partagez vos réponses cela m’aidera et surtout nous aidera à nous recentrer sur l’essentiel. Cela nous aidera aussi à mieux comprendre ce qu’une paroisse peut apporter au quartier puisque, comme j’ai déjà pu rapporter ces mots du cardinal Lustiger : ce qu’un prêtre apporte aux chrétiens, le chrétien l’apporte au monde.

Merci d’avance de vos éclairages.

P. Arnaud

Accueillir la communauté sourde !

Pour être honnête, je me suis demandé plus d’une fois ce qui m’était passé par la tête lorsque j’ai répondu “pourquoi pas ?” au vicaire général qui me disait que le diocèse cherchait un prêtre accompagnateur de la communauté sourde. Notamment lors des semaines de cours intensifs où l’on réalise que l’apprentissage d’une langue ne se fait pas, à 50 ans, avec la célérité du collégien de 12 ans…  Que suis-je donc allé faire dans cette galère ? Sauf que la galère en question est quand même très sympathique ! Que ce soit les personnes sourdes de l’aumônerie, celles du Vicariat des Personnes Handicapées au diocèse, les enseignants (sourds également) de l’école Visuel, les autres élèves qui s’intéressent à cette langue pour des raisons très diverses, tous manifestent une belle solidarité et un accueil très chaleureux envers les entendants qui se forment. Et les personnes rencontrées pendant les cours, la plupart athées et d’horizons très (très) diverses, tous sont très heureux de découvrir que l’Eglise accueille activement la communauté sourde.

Tout cela pour vous dire que, malgré quelques inquiétudes (passagères !) sur mes capacités d’apprentissage, je suis persuadé que l’accueil de messes traduites en LSF (Langue des Signes Française) constitue une véritable bonne nouvelle pour notre paroisse. Sans bien savoir comment tout cela se fera, j’ai l’intime conviction que non seulement la paroisse accueillera très chaleureusement nos frères et sœurs sourds mais que ce sera une grande source de grâces. Nous allons être déplacés, au sens propre comme au figuré. Il faudra en effet leur laisser les places juste devant l’ambon afin qu’ils voient le mieux possible l’interprète, mais nous serons aussi interpellés, peut-être même bousculés – espérons-le – par leur témoignage de foi, par leur vitalité (dont je suis déjà le témoin ébloui) et surtout par cette capacité à dépasser le handicap. Là où la parole semble à première vue bloquée (et ce n’est pas rien la parole pour un chrétien), la difficulté est dépassée par une inventivité, une créativité tout à l’image de Dieu. Ce qui devait entraver la vie, la limiter vient finalement réveiller des capacités inespérées, des facultés insoupçonnées dans l’homme. La vie est décidément plus forte que la mort, cette vie donnée par Dieu sait se frayer mille chemins lorsqu’un obstacle survient.

Si certains, dont nous faisons trop souvent partie, ont des oreilles et n’entendent pas(Ez 12, 2 ; Jr 5, 21), nous allons voir de nos yeux que ceux qui n’ont pas ce précieux sens de l’ouïe savent parfaitement entendre la Parole de Dieu et qu’ils ont en plus l’audace et la joie pour la mettre en pratique (Jc 1, 22). Que le Seigneur soit béni pour cette belle grâce qui nous est donnée.

P. Arnaud

C’est la rentrée !

Cartable, inscriptions, choix,…Septembre reste le mois des décisions, engagements et éventuels changements. Peut-être pouvons-nous prendre le temps avant de nous précipiter dans le rush de la rentrée. Il n’est pas nécessaire que chaque année soit le « copier – coller » de la précédente. Une activité, un engagement a pu être bon et fructueux un temps, sans être automatiquement indispensable cette année. À l’inverse, il y a des lieux qui demandent un peu de persévérance pour porter du fruit, des activités que l’on sait bonnes pour nous mais dont la reprise nécessite un peu de courage. 

Que le Seigneur nous aide donc à discerner, à nous poser, avant de remplir nos agendas. Dans la bible, le prophète Isaie invite à ne pas construire «  maison à maison » afin de laisser une place au nouveau venu, à ne pas joindre « champ à champ » (Is 5,8) pour laisser la place à un chemin. Peut-être serait-il aussi judicieux que nos agendas ne soient pas une suite ininterrompue d’activités – aussi belles et utiles soient-elles – mais qu’ils laissent un peu de place à l’inattendu, au voisin qui souhaite échanger, à une invitation de dernière minute… La réponse habituelle « j’ai pas l’temps » signifie parfois « je n’ai pas gardé de temps disponible, de temps gratuit ouvert aux imprévus ». Pensons-y au moment de choisir nos activités et emplois du temps, dans la mesure où il nous reste une petite marge de choix…

Ce discours est un peu risqué pour un curé qui recherche sans cesse, et surtout en début d’année scolaire, des bénévoles (petites mains, accueil des enfants le mercredi, bricolage,…). Mais le pasteur cherche davantage le bien de chacun que le bon fonctionnement d’une machine paroissiale. Et surtout, il n’oublie pas que le Christ nous enseigne à aimer son prochain comme soi-même, cela signifie entre autres que notre premier lieu d’engagement reste nos prochains, c’est-à-dire notre famille et nos proches. Je serai donc très heureux si de nouveaux bénévoles se présentent pour soutenir les différentes activités de la paroisse – ceux-ci pourraient permettre à d’autres d’être moins chargés – mais je préfère mille fois que chacun trouve une vie équilibrée, avec de la place pour la famille, les amis ou la vie de quartier. C’est aussi, et peut-être surtout, de cette façon que nous pourrons annoncer la bonne nouvelle du Christ ressuscité autour de nous.

Bonne et sainte rentrée à tous,

P. Arnaud